La richesse du dialogue compétitif pour les projets complexes de bâtiment
Laurent GAGNEPAIN, gérant de Lga Conseils, formateur et consultant spécialiste de la maîtrise d’ouvrage publique, ingénieur en chef, a assuré durant 10 ans la conduite de projets hospitaliers complexes au sein de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. Il a également été directeur des services techniques de la ville de Maisons-Laffitte.
Pour CFC Formations, Laurent GAGNEPAIN conçoit et anime des formations sur les montages contractuels complexes, notamment la procédure de conception-réalisation et sur la conduite d’opérations de travaux.
Lors d’un précédent article (MOP, Conception-réalisation, marché global de performance : comment bien choisir ?), nous nous demandions comment un maître d’ouvrage public devait sélectionner la procédure la mieux adaptée à ses besoins. Rappelons qu’il existe en effet 3 grandes familles – « MOP » classique, conception-réalisation, marché global de performance – dont chacune a ses avantages et ses inconvénients.
Dans le présent numéro, nous nous penchons sur le dialogue compétitif, que le maître d’ouvrage peut mettre en œuvre pour retenir le lauréat d’une conception-réalisation, ou encore le lauréat d’un marché de maîtrise d’œuvre sur une rénovation.
La MOA dispose de 3 cordes à son arc :
- L’appel d’offres ouvert ou restreint
- La procédure avec négociation (PAN)
- Le dialogue compétitif (DC)
L’appel d’offres est naturellement totalement inadapté sur l’achat de prestations complexes de type marché de conception-réalisation ou de maîtrise d’œuvre. Son unique avantage est la simplicité… mais l’absence de toute possibilité de négociation et d’échanges réels avec les candidats est rédhibitoire !
Fort heureusement, pour des opérations incluant des prestations de conception, le recours à la PAN et au DC est toujours possible. Ces deux procédures différent fondamentalement et n’offrent pas les mêmes avantages.
Prenons l’exemple d’une conception-réalisation.
En PAN, à l’issue de la phase candidatures et de la sélection des candidats admis à négocier, la MOA (maîtrise d’ouvrage) demande immédiatement l’offre initiale engageant chaque candidat, de niveau APS (Avant-Projet Sommaire), puis il entame une négociation sur cette base, avec un fort encadrement jurisprudentiel qui limite notamment les évolutions programmatiques ou l’intégration d’idées pertinentes apportées par les candidats.
En revanche, en DC, à l’issue de la phase candidatures et de la sélection des candidats admis à dialoguer, la MOA demande une proposition initiale de niveau ESQ (Esquisse), qui n’a pas de caractère engageant – à telle enseigne que demander un AE (Acte d’Engagement) n’a ici pas de sens. Un premier dialogue s’installe, puis la MOA demande les propositions intermédiaires, de niveau APS. À l’issue du deuxième dialogue, la MOA demande les offres de niveau APS+, qui elles seront engageantes.
Le caractère itératif du dialogue compétitif autorise une « co-construction » des projets entre la MOA et les candidats, et les nombreux échanges permettent de réduire considérablement les « aléas » qui affectent souvent les autres procédures – géotechnique, perméabilité des sols, étude piézométrique, étude faune-flore, autorisations administratives diverses, flous ou erreurs sur le programme, évolution de réglementation en cours de procédure… Le dialogue permet également, dans de nombreux cas, d’optimiser le programme.
Il y a donc une différence conceptuelle de taille entre les deux procédures : là où en DC l’offre des candidats n’est produite qu’à l’issue d’un riche travail itératif, en PAN elle est produite directement et la négociation s’engage sur une offre déjà engageante et figée sur de nombreux aspects.
Ainsi, le dialogue compétitif permet de construire des projets plus aboutis et de meilleure qualité, en réduisant les risques de mauvaises surprises en cours d’étude puis de chantier.
Néanmoins, il faut garder à l’esprit que cette procédure demande davantage de temps et d’énergie à la MOA : c’est à ce prix qu’un haut niveau de qualité sera atteint. Introduire de l’intelligence dans les procédures d‘achat demande un investissement important… mais la MOA en récolte les fruits aussitôt !
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