Achats publics

Coopération entre acheteurs publics et fournisseurs : comment créer un partenariat gagnant ?

Le 5/06/19

Dans un contexte marqué par la recherche d’efficacité, de transparence et d’innovation dans la gestion des deniers publics, la qualité des relations entre acheteurs publics et fournisseurs devient un enjeu central. Longtemps perçue comme strictement encadrée par le droit, la commande publique évolue désormais vers des approches plus collaboratives, sans pour autant s’affranchir du cadre réglementaire. Créer une coopération durable et équilibrée permet non seulement d’améliorer l’exécution du marché, mais aussi d’optimiser la performance des achats, de mieux servir l’intérêt général et de favoriser l’émergence de solutions innovantes.

Instaurer un partenariat gagnant-gagnant suppose une posture ouverte, un dialogue constant, et une compréhension partagée des contraintes de chacun. Cela concerne à la fois les services marchés des personnes morales de droit public et les entreprises, de la PME locale à la start-up technologique. Dès lors, il devient essentiel de comprendre les rôles, les responsabilités et les outils à mobiliser pour développer une relation de confiance dans le respect du code de la commande publique.

Cet article vous propose d’explorer les leviers juridiques, techniques et humains pour bâtir une coopération efficace entre acheteurs publics et fournisseurs, à toutes les étapes du processus d’achat.

 

1. Le rôle de l’acheteur public dans la construction d’une coopération durable

L’acheteur public joue un rôle central dans la construction d’une relation équilibrée avec les fournisseurs. Sa mission ne se limite pas à la passation des marchés publics ; elle inclut aussi la mise en œuvre des politiques d’achat dans le respect du service public. L’acheteur est à la croisée des enjeux juridiques, économiques et sociaux. Il doit garantir l’égalité de traitement, l’information, la transparence et la bonne gestion des deniers publics, tout en assurant la qualité des prestations fournies.

Dans ce cadre, il agit comme un responsable stratégique, capable de structurer la demande, de dialoguer avec le marché, et de suivre l’exécution du marché dans une logique d’intérêt général. Son rôle est donc essentiel pour instaurer une relation de confiance avec les opérateurs économiques. Cela passe par une communication claire, le partage de ses connaissances, une anticipation des besoins ainsi qu’aux questions et une capacité à identifier des marges de manœuvre dans le respect du code de la commande publique.

 

2. Les obligations légales encadrant la relation avec les fournisseurs

La relation entre acheteurs publics et fournisseurs est strictement encadrée par le code de la commande publique, qui repose sur plusieurs principes fondamentaux : la transparence, l’égalité d’accès à la commande publique, et la mise en concurrence. Ces principes s’imposent à toute entité adjudicatrice, tout pouvoir adjudicateur et, plus largement, à toutes les personnes morales de droit public agissant comme acheteurs publics.

La passation des marchés publics doit être conduite de manière objective et non discriminatoire. Toutefois, certains dispositifs permettent d’adapter les procédures pour favoriser des fournisseurs spécifiques. C’est le cas du marché réservé, qui autorise la réservation de certains lots à des structures de l’économie sociale et solidaire ou à des entreprises employant des personnes en situation de handicap. Ces mesures offrent une marge de manœuvre précieuse tout en respectant les exigences légales.

 

3. Outils et techniques pour favoriser la coopération avant, pendant et après le marché

La coopération ne se décrète pas, elle se construit à chaque étape du processus d’achat. En amont, le recours au sourcing est un outil clé. Il permet de mieux connaître l’offre disponible, d’ajuster les besoins et d’anticiper les difficultés. Cette démarche, bien qu’encadrée, est autorisée dans la mesure où elle respecte les principes de non-discrimination et de confidentialité.

Pendant la procédure de passation, l’acheteur peut favoriser le dialogue en choisissant des procédures adaptées comme la procédure avec négociation ou le dialogue compétitif. Ces formats permettent un échange constructif tout en sécurisant juridiquement les étapes. L’objectif est de créer des conditions favorables à l’émergence de solutions pertinentes et réalistes.

Après l’attribution du marché, l’exécution du marché est un moment clé pour renforcer la coopération. Un suivi régulier, des échanges organisés et la résolution conjointe des éventuelles difficultés renforcent la relation de confiance. La mise en place d’un guide ou d’outils internes peut également faciliter ces échanges et créer un cadre méthodologique commun.

 

4. Exemples concrets : partenariats réussis entre acheteurs publics et fournisseurs

Plusieurs exemples illustrent la pertinence d’une coopération active entre acheteurs publics et fournisseurs. Dans le domaine des marchés publics de travaux, certaines collectivités ont mis en place des comités de pilotage mixtes permettant un suivi partagé et agile des chantiers. Ce type de gouvernance collaborative a permis de limiter les retards et d’améliorer la qualité des ouvrages livrés.

Dans les marchés de fournitures ou de services, certaines personnes morales de droit public ont co-construit avec leurs prestataires des solutions sur mesure, notamment dans les secteurs de l’innovation ou de la transition écologique. Ces pratiques ont permis non seulement de renforcer la performance des services rendus, mais aussi de soutenir l’économie locale en valorisant des PME ou des start-ups innovantes.

Ces expériences démontrent que la confiance, la transparence et l’anticipation des enjeux sont les piliers d’une relation contractuelle réussie et durable.

 

5. Les bonnes pratiques pour un partenariat gagnant-gagnant

Pour qu’un partenariat entre acheteurs publics et fournisseurs soit réellement gagnant-gagnant, plusieurs bonnes pratiques peuvent être mises en œuvre. La première consiste à instaurer une communication régulière et ouverte, dès les phases de préparation du marché. Cela implique d’associer les parties prenantes, de clarifier les attentes, et de formuler les contraintes et objectifs de manière explicite.

Ensuite, il est fondamental de travailler sur la confiance mutuelle. Cela suppose de respecter les engagements contractuels, de reconnaître les efforts réalisés de part et d’autre, et d’anticiper ensemble les difficultés éventuelles. La formation des acheteurs publics joue ici un rôle clé : elle leur permet de mieux appréhender les dimensions relationnelles et stratégiques de leur fonction.

Enfin, il est utile de sensibiliser les fournisseurs aux enjeux du service public et aux spécificités de la commande publique. Cette compréhension réciproque favorise des relations apaisées, où chacun connaît ses droits, ses obligations et les objectifs communs à atteindre dans l’intérêt général.

 

Conclusion

Construire une coopération durable entre acheteurs publics et fournisseurs est à la fois une nécessité et une opportunité. En respectant les obligations légales, en mobilisant les bons outils (sourcing, procédures adaptées, dialogue structuré), et en cultivant une posture proactive, les acheteurs peuvent transformer leur relation avec les opérateurs économiques en un véritable levier de performance publique.

L’enjeu est de sortir d’une vision strictement contractuelle pour évoluer vers une approche partenariale, fondée sur la confiance, le respect mutuel et l’engagement commun au service de l’intérêt général. Pour cela, il est indispensable de se former, de structurer sa démarche, et de faire de la coopération une composante essentielle de la stratégie d’achat public. Formez-vous à la gestion des fournisseurs, à la prévention des litiges et contentieux et aux techniques de négociation appliquées à la commande publique.

 

FAQ

Comment sécuriser le dialogue sans enfreindre la transparence ?

Il est tout à fait possible de dialoguer avec les fournisseurs, à condition de respecter les principes du code de la commande publique. Le sourcing, par exemple, peut être utilisé avant la procédure, tant qu’il n’avantage pas un opérateur économique en particulier. Pendant la passation, certaines procédures comme la négociation ou le dialogue compétitif permettent un échange encadré et équitable.

 

Quels outils utiliser pour mieux coopérer avec les fournisseurs ?
Les acheteurs publics peuvent recourir à des outils et des plateformes tels que le sourcing, les guides internes de suivi de marché, les indicateurs de performance, ou encore des outils de pilotage partagé (comités de suivi, bilans annuels). La formation continue des équipes et l’usage des procédures adaptées contribuent également à renforcer la qualité de la coopération.

 

Quelle est la différence entre pouvoir adjudicateur et entité adjudicatrice ?
Le pouvoir adjudicateur désigne une autorité publique (État, collectivité, établissement public) soumise au droit de la commande publique. L’entité adjudicatrice, quant à elle, regroupe les structures qui exercent une activité d’intérêt général dans certains secteurs (eau, énergie, transports, etc.) et qui disposent d’une plus grande flexibilité dans leurs procédures de passation. Les deux catégories doivent respecter les principes du code, mais selon des modalités parfois différentes.

 

Comment simplifier l’achat public ?
Pour simplifier l’achat public, il est essentiel d’adopter une stratégie d’achat responsable qui favorise la lisibilité des procédures et l’efficacité des échanges. Parmi les conseils utiles figurent la standardisation des documents, l’optimisation des délais et l’usage d’outils numériques de gestion. Une attention particulière doit également être portée à l’intégration des critères de développement durable, afin de concilier performance économique et impact environnemental. En alliant clarté, dialogue et outils adaptés, les acheteurs publics peuvent rendre la commande plus accessible, efficiente et alignée avec les objectifs de politique publique.