L’achat public entre performance et freins structurels : découvrez l’analyse d’un expert de la commande publique
A l’occasion de la seconde édition du Baromètre des attentes professionnelles des acteurs de la commande publique, baromètre publié par CFC Formations et l’Institut Acteurs Publics, en partenariat avec l’IFOP, Yannick TISSIER FERRER, directeur de la commande publique de la ville d’Antony, formateur et auteur de la série de romans « Le monde fantastique des marchés publics », nous livre son avis et son ressenti sur les chiffres présentés en avant-première.
Positionnement : une reconnaissance progressive des métiers de la commande publique
« Le positionnement de l’équipe achat est un sujet qui me tient à cœur car il reflète, selon moi, la reconnaissance des métiers de la commande publique comme une fonction à part entière, à la croisée des enjeux juridiques, financiers et stratégiques. En ce sens, la progression des directions autonomes (14 % contre 6 % l’an dernier) constitue un signal encourageant permettant de mieux porter les enjeux de l’achat et d’en renforcer la visibilité au sein des organisations.
Cette évolution se retrouve également dans le développement des politiques achats : 59 % sont déjà formalisées et 16 % sont en cours d’élaboration. Ces démarches traduisent une professionnalisation croissante de la fonction et une meilleure articulation des différentes dimensions de l’achat public. »
Outils : l’IA encore en phase de découverte, la gestion documentaire en développement

« L’intelligence artificielle est au cœur de nombreuses interrogations et alimente de nombreux débats, tant dans la sphère professionnelle que dans le grand public. Pourtant, son déploiement dans les services achats reste encore limité (15 %). Ce résultat n’est pas surprenant : nous sommes encore dans une phase d’exploration et d’expérimentation, où les organisations cherchent à identifier les usages réellement créateurs de valeur.
À l’inverse, la progression des outils de gestion documentaire est cohérente avec d’autres retours de terrain que j’ai pu recueillir ces derniers mois : les acheteurs publics recherchent désormais des systèmes d’information spécifiquement conçus pour leurs besoins. Les outils financiers couvrent seulement une partie des enjeux, tandis que les solutions issues du secteur privé ne répondent pas toujours aux particularités de la commande publique. Le développement de ces outils constitue un levier important de structuration et de professionnalisation, encore plus à l’ère du pilotage par la donnée. Elle rejoint les ambitions nationales mises en lumière lors de l’enquête sénatoriale de mars 2025 par exemple. »
Environnement : la complexité la plus élevée dans le collectif

« L’intégration des considérations environnementales demeure le principal facteur de complexité du processus achat et constitue l’un des rares domaines où la difficulté perçue progresse encore.
Cette situation rappelle que la transition environnementale ne se résume pas à l’ajout de quelques clauses dans les marchés. Elle suppose une compréhension approfondie des besoins, une bonne connaissance des secteurs économiques concernés et une capacité à mesurer les résultats obtenus dans l’exécution des contrats (alors que le suivi de l’exécution reste encore en retrait).
Ces dernières années, la difficulté réelle de cette démarche a parfois été sous-estimée, laissant craindre des dispositifs dont l’impact reste difficile à objectiver ou un risque de greenwashing involontaire. »
« Les aspects juridiques apparaissent comme les moins complexes aux yeux des répondants. Ce constat peut sembler paradoxal au regard des débats récurrents sur la simplification réglementaire. Mais il s’explique probablement par le fait que cette dimension constitue le socle historique de la commande publique. C’est également celle sur laquelle les organisations et les professionnels disposent aujourd’hui du plus grand niveau de maturité. »
Ressources humaines : une attractivité qui reste basse malgré les progrès
« Malgré les progrès observés en matière de recrutement, de fidélisation et de rémunération, l’attractivité du métier demeure perçue comme faible par une large majorité des répondants (75 % cette année vs 81 % l’an dernier).
Une donnée qui me parait plus délicate à analyser : ce décalage montre-t-il que ces progrès RH sont encore insuffisants ou que l’attractivité de nos métiers se joue à un autre niveau (le sens, le positionnement dans l’organisation, la perception de son utilité stratégique, …) ? »
Maîtrise de la dépense publique : une chute surprenante

« La baisse de la perception de la capacité des services achats à améliorer l’efficience de la dépense publique constitue probablement l’un des résultats les plus surprenants, selon moi, de cette édition (67 % cette année, contre 87% l’an dernier).
Cette évolution interroge dans un contexte où les contraintes budgétaires continuent de s’intensifier et où le rôle de l’achat devrait, au contraire, gagner en importance.
Plusieurs hypothèses peuvent être avancées. Les acheteurs publics sont peut-être aujourd’hui davantage confrontés à la nécessité d’arbitrer entre de multiples objectifs parfois contradictoires : maîtrise des coûts, qualité de service, transition environnementale, souveraineté ou encore innovation. Dans ce contexte, la performance achat n’est plus uniquement évaluée à travers la réduction des coûts mais à travers la recherche d’un équilibre global.
Il n’en demeure pas moins qu’une bonne maitrise de ses achats est un facteur d’optimisation des coûts à ne pas négliger. »
Pour résumer
Le principal enseignement de ce baromètre est que la commande publique poursuit sa transition d’une logique de conformité vers une logique de performance.
Les professionnels ont largement intégré l’élargissement du rôle de l’achat public, qui ne se limite plus à la sécurisation juridique mais contribue également à la performance économique, environnementale et sociétale des organisations.
Toutefois, cette évolution se heurte encore à des freins structurels. Les organisations restent majoritairement construites autour des modèles historiques de gestion des marchés et de maîtrise du risque juridique. L’intervention de l’achat en phase amont demeure inégale et le suivi de l’exécution des contrats reste insuffisamment développé.
En définitive, la transformation culturelle semble largement engagée. Le défi réside désormais moins dans la conviction que dans la capacité des organisations à traduire cette ambition de manière concrète.
Découvrez les résultats du baromètre 2026 lors de notre webinaire du 24 septembre
Ces analyses ne représentent qu’un aperçu des enseignements du Baromètre des attentes professionnelles des acteurs de la commande publique. Découvrez les résultats et le retour de plusieurs experts de la commande publique sur les premiers enseignements de cette édition lors de notre webinaire organisé avec l’Institut Acteurs Publics le 24 septembre 2026 à 10h.

