Achats publics

Achats responsables et Loi Climat et Résilience : août 2026, les acheteurs publics sont-ils prêts ?

Le 30/06/26 par Vincent DAGNAS, Expert en achats publics

 

Vincent DAGNAS est expert en achats privés et publics depuis plus de 20 ans. Après un parcours en tant que Responsable achats dans des entreprises privées, il a été entre 2013 et 2022 Responsable des achats non-médicaux pour un CHU et un GHT.

Pour CFC Formations, Vincent DAGNAS anime des formations sur la fonction achats, notamment sur la performance, la stratégie et le pilotage des achats.

 

 

Pour commencer, pouvez-vous nous rappeler ce qui change en août 2026 ?

« Le principal changement, c’est que l’intégration de considérations environnementales dans les marchés publics ne sera plus une option ou une bonne pratique : elle deviendra une obligation. Concrètement, les acheteurs devront intégrer des critères environnementaux dans leurs procédures d’attribution. L’objectif est clair : faire de la commande publique un levier de transition écologique. Pendant longtemps, on pouvait entendre : « On y viendra plus tard. » eh bien… le « Plus tard » est devenu « Maintenant ». »

 

 

Selon vous, les acheteurs publics sont-ils prêts ?

« Je dirais qu’ils sont… en chemin. Depuis plusieurs années, les collectivités, hôpitaux et établissements publics et services de l’État travaillent sur le sujet. Certains ont élaboré un SPASER (Schéma de Promotion des Achats Socialement et Ecologiquement Responsables), développé des clauses environnementales, expérimenté des critères de performance environnementale. Mais il existe encore une forte hétérogénéité. Certaines organisations sont déjà matures, d’autres découvrent encore comment traduire leurs ambitions dans leurs dossiers de consultation. »

 

 

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les acheteurs ?

« La première difficulté est rarement juridique. Elle est surtout technique. Les acheteurs nous disent souvent :

  • Comment rédiger un critère environnemental pertinent ?
  • Comment évaluer les offres sans complexifier la procédure ?
  • Comment dialoguer efficacement avec les prescripteurs techniques ?

La difficulté est donc moins de vouloir faire que de savoir comment faire. C’est précisément là que la formation prend tout son sens. »

 

 

Quelles erreurs voyez-vous encore le plus souvent ?

« La première consiste à penser que l’achat responsable se résume à ajouter un critère ou une clause environnementale. En réalité, tout se joue très en amont. Si le besoin est mal défini, si le sourcing n’a pas été réalisé, si les fournisseurs n’ont pas été identifiés, les critères environnementaux deviennent souvent artificiels. Une autre erreur consiste à croire qu’il faut tout révolutionner du jour au lendemain, ce n’est pas le cas. L’idée est plutôt d’améliorer progressivement les pratiques d’achat, marché après marché. »

 

 

Finalement, acheter responsable, est-ce forcément acheter plus cher ?

« C’est probablement l’idée reçue qui a la vie la plus dure. Oui, certains produits ou certaines solutions peuvent coûter davantage à l’achat. Mais le prix d’acquisition n’est qu’une partie de l’équation. Aujourd’hui, on raisonne de plus en plus en coût global : consommation d’énergie, coûts d’exploitation, de maintenance, fin de vie, recyclage…etc… Dans beaucoup de cas, une solution plus vertueuse est également plus performante économiquement sur le long terme. L’enjeu est donc moins de payer plus que d’acheter plus intelligemment. »

 

 

Vous formez régulièrement des acheteurs publics. Leur regard a-t-il évolué ?

« Il y a quelques années, la question était : « Sommes-nous obligés de le faire ? » Aujourd’hui, la question est plutôt : « Comment le faire efficacement ? » C’est un changement important. Les acheteurs ont compris que ces enjeux allaient durablement faire partie de leur métier. Ils cherchent désormais des méthodes, des outils, des retours d’expérience et des exemples concrets, c’est encourageant ! »

 

 

Quels conseils donneriez-vous à une organisation publique qui se sentirait en retard ?

 »

  • Ne cherchez pas à être parfait dès le premier marché, commencez.
  • Choisissez une famille d’achats.
  • Travaillez avec les prescripteurs
  • Rencontrez les fournisseurs.
  • Définissez un ou deux critères environnementaux réellement utile, puis capitalisez sur cette expérience.
  • Les organisations qui progressent le plus ne sont pas forcément celles qui ont les plus gros moyens, ce sont souvent celles qui acceptent d’apprendre en avançant.

 »

 

 

Quel rôle joue la formation dans cette préparation ?

« Elle est essentielle : La réglementation fixe un cap, la formation donne les moyens d’y parvenir. Former les acheteurs, mais aussi les prescripteurs techniques, les juristes, les directions métiers, permet de parler un langage commun, car un marché public responsable ne repose jamais sur une seule personne : c’est un travail d’équipe. »

 

 

Si vous deviez résumer l’échéance d’août 2026 en une phrase ?

« Je dirais : « Août 2026 n’est pas une ligne d’arrivée. C’est le véritable point de départ d’une nouvelle façon d’acheter responsable et performant dans le secteur public ». L’objectif n’est pas simplement d’être conforme à une obligation réglementaire, l’objectif est de faire de chaque marché public un levier concret de performance économique, environnementale et sociale. Et c’est finalement une très belle évolution du métier d’acheteur public. »

 

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